article paru le 22-09-2001
correspondance de Houston (Texas)
| Tweeter |
Le plus grand Ministre de la Culture du XXeme siècle veut "faire refleurir les forces de la joie" au coeur de la cité martyre. Il nous a confié en exclusivité les grandes lignes de son projet de renouvellement urbain du sud de Manhattan : sur les ruines du World Trade Center, le déménagement pierre par pierre de la Très Grande Bibliothèque Nationale de France François Mitterrand.
"La France avait déjà donné "La Liberté" à New York il y a plus d'un siècle. Aujourd'hui, alors qu'elle vient d'être meurtrie avec la plus barbare cruauté, il n'est que temps de lui apporter la Culture." C'est en ces termes que Jack Lang résume la philosophie de son projet monumental. "Quelle plus merveilleux témoignage de la générosité et de l'esprit Français pouvait-on imaginer ?" demande-t-il sans obtenir de réponse. "Ce splendide monument, que le monde nous envie, trouverait là sa véritable dimension, loin des polémiques franco-françaises qui ont terni sa réputation. Là seulement, au coeur de la ville qui ne dort jamais, son irrésistible puissance d'évocation poétique trouverait enfin les moyens de son expression."
Certes, les obstacles sont nombreux. D'abord, les contribuables français pourraient s'émouvoir du départ à l'étranger d'un des fleurons des grands travaux Mitterrandiens. Jack Lang balaye l'objection d'un conceptuel revers de la main : "Je connais, pour l'avoir personnellement éprouvée, la générosité sans limite des Françaises et des Français lorsqu'il s'agit de Culture. Et n'oublions pas qu'il s'agit également d'affirmer la solidarité du pays tout entier envers nos amis Américains."
Ensuite, se pose la question de la mise aux normes de sécurité américaines de l'édifice. Les magnifiques planches de bois précieux qui recouvrent l'esplanade provoquent en effet de nombreuses chutes et fractures les jours de pluie. Aux Etats-Unis, les procès consécutifs à de tels accidents auraient tôt fait de ruiner la mairie de New York, plus sûrement que les attentats du 11 septembre.
"C'est un faux problème" éclate alors Jack Lang, "on exige de ce monument des prouesses pour lesquelles il n'a pas été conçu. C'est la Bibliothèque François Mitterand, pas le hall de la gare d'Austerlitz. Et ce plancher si injustement critiqué, il symbolise à merveille la difficile et périlleuse ascension vers la Culture. Il faut que chacun ressente dans sa chair combien elle est précieuse, et comme il convient de la protéger. Elle est la vie même... Voudriez-vous rendre la poésie "pratique" et la littérature "utile" ?"
De nombreux intellectuels et artistes, à l'instar de Martin Bouygues, ont d'ores et déjà signé "l'appel du 11 septembre", ainsi que l'a sobrement intitulé Jack Lang.