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Berlusconi privatise l'Italie

correspondance de Saint Soluteur les Turins
publié le 05-05-2004

Berlusconi met la dernière touche Ă  son grand projet de rĂ©forme de la constitution italienne : celle-ci permettra enfin de gĂ©rer la pĂ©ninsule avec l'efficacitĂ© des grandes entreprises multinationales. L'Italie n’aura plus un gouvernement mais un conseil d’administration. Celui-ci sera prĂ©sidĂ© par le prĂ©sident du Conseil, assistĂ© des directeurs gĂ©nĂ©raux (dĂ©fense, industrie, commerce, finances, rĂ´les tenus jusqu'alors par des ministres). Y siĂ©geront les actionnaires non minoritaires et le reprĂ©sentant de la DRH (ex-ministre des affaires sociales).

Au dĂ©part, tous les Italiens seront actionnaires de la grande entreprise : il sera attribuĂ© Ă  chaque italien majeur un paquet de mille actions. Ces actions donneront un droit de vote aux assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales, proportionnel aux parts dĂ©tenues dans l’entreprise. Les actionnaires toucheront des dividendes, en cas de bĂ©nĂ©fices (par exemple en cas de succès de l'armĂ©e italienne sur le pĂ©trole irakien).

Les actionnaires pourront librement vendre et acheter des actions. Les actions de l’entreprise Italie pourront être négociées sur les places boursières européennes. D’après Yves Dubonchoix, conseiller financier chez IHC-Securities, "le poids financier de l'Italie l'entraînera d'office à la tête de l'indice Euro Stox 50".

Les Italiens seront aussi des clients de l'entreprise Italie, ainsi que les europĂ©ens qui le dĂ©sirent : Ă  ce titre, ils pourront bĂ©nĂ©ficier des prestations offertes par l’entreprise, tels que tribunaux, protection militaire, financements industriels, conseils au dĂ©veloppement d’entreprise, et, suivant la santĂ© financière de l'entreprise, accès des enfants Ă  l'Ă©ducation et soins mĂ©dicaux. Les clients paieront l'entreprise Italie par le biais des taxes et impĂ´ts. Toute personne rĂ©sidant sur le territoire italien sera d'emblĂ©e considĂ©rĂ©e comme un client.

Romano Prodi, commissaire européen, s'est déclaré hostile à ce projet de réforme. Le Président Berlusconi a accusé Prodi d'abuser de sa position en Europe pour se mêler des affaires intérieures de l'Italie qui ne le concernent en rien.

Berlusconi envisage un programme d'achat de cent-dix millions d'actions (28% en dessous du prix d'introduction). Cette acquisition devrait être possible grâce à une loi qui sera votée en même temps que la nouvelle constitution. Le chef de l'Etat Italien pourrait financer ces achats d'actions en vendant des parts des sociétés de presse et de télévision qu'il détient. La future entreprise Italie s'est déjà déclarée intéressée par le rachat des avoirs de Berlusconi dans la communication. Il est donc probable que Berlusconi sera en mesure d'acquérir au moins cinquante ou soixante millions d’actions. Le parti de la gauche démocratique, opposé au projet de réforme n'a pu s'exprimer clairement sur les télévisions italiennes. La démocratie chrétienne s'est insurgée contre le programme de rachat d'actions par le président du Conseil.

Le SUCE (Syndicat Unifié des Cireurs de Pompes Européens) reconnaît quant à lui "qu'il est normal, étant donnés les risques financiers énormes que le chef de l'Etat italien met dans cette affaire, qu'il bénéficie d’un nombre d'actions le plaçant d'emblée parmi les actionnaires influents de l'entreprise".

 

Correspondant Ă  Saint Soluteur les Turins

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