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Le juge Burgaud, le juge Lambert et les média

correspondance des Palais de Justice
publié le 08-02-2006

Le procès en sorcellerie du juge Burgaud s'ouvre aujourd'hui à l'assemblée nationale. C'est une grande première que de sommer un juge de s'expliquer en public sur sa façon de juger.

On peut s'interroger sur la légitimité de cette innovation parlementaire dans la mesure où elle va directement à l'encontre du principe de la séparation des pouvoirs cher à Montesquieu et à notre Constitution.

En outre obliger un juge, devant les caméras de la télévision, à piétiner le secret de l'instruction et de ses délibérés démontre le grand cas que font les parlementaires de la loi.

Gageons qu'il ne ressortira rien de cette mise à mort publique sinon un grand sentiment de malaise, comme devant une corrida lorsque le taureau agonise trop longtemps et qu'il n'a pas l'élégance de mourir sans bruit.

Pourtant, des fiascos judiciaires liés à l'incompétence d'un juge ne sont pas exceptionnels.

L'affaire Grégory reste l'exemple le plus connu du dérapage d'un juge grisé par les média et sa soudaine notoriété.

L'instruction menée par le juge Lambert sous les projecteurs a conduit la justice dans le mur car 20 ans après on ne connaît pas le nom de l'assassin. Les dommages collatéraux de son instruction ont été au moins aussi graves que ceux de l'affaire d'Outreau : un homme y a perdu la vie et une famille son honneur.

A l'époque, le juge Lambert avait échappé de justesse à la curée. A l'époque les parlementaires auraient dû voter une loi interdisant formellement aux média de rendre compte d'une affaire en cours afin de préserver la sérénité de la justice et la présomption d'innocence.

Est-il acceptable, pour combattre les ravages du procès d'Outreau, de livrer un juge, quel que soit son degré d'incompétence, à la vindicte populaire ? Est-il acceptable de susciter une telle haine contre lui qu'il est astreint à une protection policière ?

Même si désormais le juge Burgaud est devenu un farouche partisan des droits de la défense, ce qu'il déniait aux accusés d'Outreau, il est nauséabond de le traiter comme il a pu traiter les futurs acquittés.

La loi du talion est abolie depuis des siècles dans notre arsenal législatif mais force est de constater qu'elle est toujours d'actualité dans les média. Il devient d'ailleurs extrèmement difficile, face à ces média de faire de la désinformation. Avec les moyens financiers dont ils disposent ils sont beaucoup plus performants que nous quand ils s'entêtent à vouloir désinformer le public.

C'est le comble que pour pouvoir faire entendre notre voix discordante nous soyons obligés de faire de l'information en violation de notre charte.

Encore un dommage collatéral engendré par l'affaire d'Outreau que personne n'avait vu poindre.

 

Correspondante dans les Palais de Justice

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