
23-11-2009
correspondance du Microcosme
Paris - Albert Camus pourrait ne pas entrer au Panthéon rejoindre les grands hommes, et resterait à Lourmarin. Son fils, Jean, comme quoi ce prénom n'est pas qu'une aubaine, s'y oppose : "tant qu'on n'aura pas retrouvé mon scooter, ce sera non", aurait-il expliqué à l'émissaire spécial du gouvernement, Claude Guéant, dépêché sur place pour convaincre ce petit capricieux. Après lui avoir collé une paire de baffes, une cellule de crise a aussitôt réuni avec l'autre co-ministre du gouvernement, Henri Guaino, autour du présidentissime. "C'est qu'une place est libre maintenant, depuis qu'Eric Besson a renvoyé Aimé Césaire en Afghanistan... d'un point de vue touristique, ça la fout mal, ça, un caveau vide... que vont dire nos amis Japonais, eux qui ont si peu de place chez eux ?", s'est alarmé Claude Guéant.
"Je dis n'importe quoi, mais... pourquoi ne pas faire entrer Jean Jaurès au Panthéon ? ça ferait les pieds aux socialistes, ça...", a-t-il ensuite suggéré.
"Très bien !" s'est exclamé le présidentissime Nicolas Sarkozy.
"Hem... votre Altesse Présidentissime... Jean Jaurès est déjà au Panthéon...", aurait murmuré, un rien perfide, Henri Guaino, sous le regard noir de Claude Guéant. "Guéant... trouvez-moi un socialiste à faire entrer au Panthéon...", grommela le présidentissime. "Euh... c'est juste un idée comme ça... mais... et si on faisait entrer Emile Zola au Panthéon ? C'est bon ça un écrivain de gauche au Panthéon qui parle de la misère ouvrière, de l'alcoolisme, tout ça..." avance, tout content, Claude Guéant.
"Très bien ça !", s'est exclamé le présidentissime, "dans mon discours, je parlerai des corons, des mines de charbon que Fabius a brutalement fait fermer, jetant dans la misère des générations entières de mineurs..."
"Euh... Mon Présidentissime... Lui aussi est déjà au Panthéon", jubile doucement Henri Guaino. "Mais proposez quelque chose alors...", s'indigne Claude Guéant, un peu énervé alors qu'il a des risques inouïs.
"Je ne suis pas certain de ce que je dis, mais... il faudrait quelqu'un de couleur, Français évidemment, qui serait originaire des colonies par exemple... comme Félix Éboué...", impose alors, magistral, Henri Guaino. Qui c'est ça ? Et puis, on a le droit ? Il y a tout de même un problème de souche, non ?", coupe, inquiet, le Présidentissime, "Remarquez, le droit, c'est moi...", se reprend-il rapidement. "Bon alors, va pour machin, truc, là...", conclut-il. "Mais...monsieur le présidentissime...", interrompt Claude Guéant qui a enfin réussi à trouver l'application iPhone qui donne les occupants du Panthéon et avec laquelle Henri Guaino fait le malin depuis le début de la réunion, "Félix Eboué aussi est déjà au Panthéon..."
Après réunion du comité central de rédaction, nous avons décidé de censurer le passage qui suit la remarque de Claude Guéant, le Présidentissime ayant fait un petit malaise vagal, sans importance aucune et ne remettant aucunement en cause son aptitude à diriger le monde et à faire la guerre... Nous reprenons le cours du récit après qu'il eut repris ses esprits.
"C'est décidé : ce sera moi !", tonne le présidentissime à qui visiblement les malaises vagaux sont profitables. Un peu interloqués, les eux co-ministres restent silencieux. "Il faut un homme qui ait une vision du monde, qui ait changé et sauvé le monde, ce que j'ai fait à plusieurs reprises... bref, je suis ce grand homme... qu'est qui vous fait rigoler Guéant ?"
"Mais... vous n'êtes pas encore mort, monsieur le présidentissime, et il faut être un grand homme mort pour entrer au Panthéon", remarque Henri Guaino.
"Guaino, Guaino, Guaino...", s'impatiente le Présidentissime, "pourquoi ce conservatisme ? Pourquoi ne pas débarrasser la France de l'archaïsme ? Posez une option foncière et diffusez un communiqué de presse expliquant que je suis bien mieux que Barack Obama qui a eu le prix Nobel de la Paix alors qu'il n'a encore rien fait pour la paix, alors que moi, j'ai déjà sauvé le monde de la crise mondiale et que je vais le sauver de sa propre fin le 21 décembre prochain: c'est pas rien tout de même ça !"
L'agence Spéculimmob a ainsi été chargée de poser une option d'achat à prix plancher pour un caveau au Panthéon, que Carla Bruni et Jean Sarkozy pourront réaliser au cours de 30 euros, au moment de leur choix. Afin d'assurer un minimum d'espace à la famille présidentiellissime, un certain nombre de personnalités, qui ont fait leur temps et ont déjà largement profité des locaux aux frais des contribuables, ont ensuite été notifiés d'un préavis de remise des clefs des caveaux qu'ils occupent actuellement au Panthéon.
"Il est important d'assurer le bon fonctionnement du parcours du logement", a martelé Eric Besson, ministre de la traîtrise et des affaires afghanes, "mais nous sommes humains : tout le monde sera relogés en Iraq, en Afghanistan... tout est prévu." Ainsi, Louis Braille, qui mettait ses doigts partout, François Barthélemy Beguinot, soupçonné de massacres de protestants innocents, Victor Schoelcher, dangereux gauchiste aux idées égalitaristes infondées, ont été priés de quitter les lieux d'ici 6 mois, comme le veut la procédure, au retour du printemps.
Cela laissera quelque 30 ans au présidentissime pour installer tout le confort nécessaire à sa nouvelle villégiature : douche en marbre, cave à cigares, parcours pour jogging...

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