Entre dépressifs, sous le regard de Lacan (ou des Anges)

Lecture de l'histoire d'une dépression française

publié le 21-06-2017

Il est des livres qui, même lorsque vous les avez achetés par vous-même, et suprême infidélité à votre libraire de la rue de Lancry, chez amazon, vous donnent envie de remercier l'auteur pour le cadeau qu'il vous a fait. "Vous m'avez manqué" de Guy Birenbaum appartient à cette catégorie rare. Non seulement parce que cette "histoire d'une dépression française" produit un écho troublant avec ma propre pathologie isomorphe mais surtout parce que réussir à relier sans artifice ni lourdeur l'histoire de France et sa propre histoire familiale démontre un talent qui force l'admiration.

guybirenbaum

Ma dépression à moi

Ores donc, je rassure mes fidèles lecteurs épris de déontologie, Guy Birenbaum ne m'a pas offert son livre pour que j'en commette la critique enamourée. J'ai payé ce livre avec mes propres deniers et sans la réduction de 5% qui me paraît d'ailleurs tomber en désuétude. Je vous invite d'ailleurs à en faire autant - acheter Vous m'avez manqué et le lire, non tomber en désuétude - pour réviser vos connaissances sur deux sujets essentiels à ce que d'aucuns auraient nommé l'honnête homme - et j'y ajoute d'emblée l'honnête femme pour ne pas avoir de problèmes.

D'une part, l'histoire de France, dont la lecture récente du merveilleux livre sous la direction de Patrick Boucheron nous a montré qu'elle avait une dimension mondiale, n'est pas que glorieuse. Elle a eu cette période où ce sont des Français qui ont persécuté et contribué à exterminer d'autres Français, une période qui laisse encore traîner des blessures dans nos familles et même dans nos corps, comme en témoigne Guy Birenbaum à travers sa dépression.

D'autre part, "toute coïncidence est un choix ou un symptôme", comme l'a développé Jacques Lacan dans sa théorie psychanalytique. Je ne vais pas vous en résumer ici ce qu'en dit l'auteur de cette "dépression française", qu'est-ce que vous avez cru, que j'allais vous résumer le bouquin pour vous offrir sans frais l'opportunité de briller en société sans l'avoir lu ?

En revanche, je vais vous illustrer par un exemple qui m'est précieux, le mien, toute la force du concept de la coïncidence-symptôme.

J'ai écrit depuis ma clinique un DM à Guy Birenbaum pour une affaire personnelle, en lien avec ma propre dépression. En bon marketeur, l'auteur m'a donc orienté vers sa dépression pour mieux comprendre la mienne. Et c'est à cet instant que Lacan intervient avec ses coïncidences-symptômes, à moins que ce ne soient des Anges...

En exergue, après une citation pleine de joie de William Styron et avant une citation pleine d'espoir d'Anne Frank, il y a ces mots de Bartleby, le scribe d'Herman Melville : "I would prefer not to", traduit par Pierre Leyris en "je préférerais pas" aux éditions Gallimard (que je salue au passage pour de viles raisons d'intérêt personnel). C'est un collègue d'une boîte dans laquelle j'ai travaillé il y a tout juste dix ans qui m'a fait connaître Bartleby, en raison d'une mienne attitude moyenne consistant à répéter sur un air tout en retenue : "je préfère pas, Jean" (appelons ce collègue Jean pour la commodité de la rédaction).

Ores donc, je commençai à lire le livre de Guy Birenbaum samedi dernier dans mon jardin où il faisait déjà chaud. La veille, le vendredi midi, je déjeunais avec deux anciens collègues et amis (mais pas Jean) qui me dirent : "tiens, drôle de coïncidence, tu as été longuement en arrêt avec ta dépression et Jean a aussi été arrêté, encore une coïncidence comme quand vous aviez été malades au même moment il y a quelques années". Lacan débutait son oeuvre.

Et le samedi après-midi, je suis allé à l'hypermarché où j'ai mes habitudes consuméristes, et là je me garais à côté de la voiture de Jean. Je l'y croise parfois, mais jamais à la même heure car ses habitudes consuméristes à lui résistent à toute modélisation statistique. Lacan (ou les Anges) était donc là encore à l'oeuvre, sur le parking.

Il y a eu d'autres coïncidences, d'autres symptômes donc, mais je ne vais pas tout vous raconter de ma vie. Même si c'est un blog, je me dois de garder une certaine pudeur. Lisez plutôt le livre de Guy Birenbaum et vous aurez le sourire. Et ça c'est un symptôme merveilleux, avec ou sans l'aide de Lacan (ou des Anges).

 

le billet d'avant, le 13-06-2017

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