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Stéphanie de Vanssay, blogueuse et experte ès trolls

#Dompterlestrolls !

du Rédacteur Suprême
publié le 24-01-2019

Stéphanie de Vanssay et Notre Humble Rédacteur Suprême (NHRS) se suivent mutuellement depuis bien des années sur le réseau social à l'oiseau bleu où la liberté d'expression réjouit tout un chacun, de ces deux grands influents jusqu'à Donald Trump, en passant par l'armée ombrageuse des trolls. Et c'est de ceux-ci dont il est question dans le livre à paraître le 20 février, «Manuel d'auto-défense contre le harcèlement en ligne», que Stéphanie de Vanssay a écrit, riche de son expérience en la matière. Avant de lire d'ici quelques jours la critique dudit livre par Maître Roger (NHRS), il était impératif de mieux en connaître l'autrice. Voici qui va être désormais accompli, puisque NHRS l'a interviewée, toutes affaires cessantes.

2vanssay

Stéphanie de Vanssay (@2vanssay)

son blog : Situations motivantes

Peux-tu te présenter à nos lecteurs en : un exercice de maths, une astuce Twitter et une réplique-type de troll ?

Ah, bien vu, je vois que mon intervieweur a pris la peine de faire des recherches en amont...

Après avoir été d'abord éducatrice spécialisée auprès d'enfants handicapés je suis devenue professeure des écoles. J'aime tout particulièrement les maths et j'ai même fait un travail de recherche en didactique des mathématiques.

Alors je choisis ce petit problème que j'aime beaucoup :

Dans une petite ville de Chine, au bord du fleuve Amour, vivent 33 familles.
Chaque famille possède une, 2 ou 3 bicyclettes.
Il y a autant de familles propriétaires de 3 bicyclettes que de familles qui n'en ont qu'une. Combien y a-t-il de bicyclettes dans le village ?

Pour des élèves de primaire il est complexe mais il est tout à fait possible de le résoudre si on s'y colle et qu'on y réfléchit à plusieurs. J'aime la complexité, aider des enfants à l'aborder avec confiance et sérénité et je crois aussi beaucoup que nous sommes plus intelligents et plus efficaces à plusieurs.

 

Twitter est devenu depuis plus de 8 ans maintenant mon lieu d'expression préféré. Je l'utilise pour échanger et pour m'informer, aussi bien à des fins personnelles qu'à des fin professionnelles et militantes.

L'astuce Twitter que j'utilise beaucoup est la recherche avancée. Cela permet de retrouver un tweet ou un échange précis, parfois très ancien, de remonter à l'initiateur du # en tendance du moment, de retrouver une information qu'on a vu passer et dont on ne se souvient que de façon vague... Contrairement à ce que l'on croit le flux de Twitter ne noie pas les anciens messages, si on sait comment chercher on peut vraiment faire de l'archéologie twiterrienne, ce qui s'apparente à la résolution d'une énigme et n'est pas sans lien avec mon goût prononcé pour les maths...

 

Actuellement je travaille dans un syndicat d'enseignants, c'est en partie grâce à cette fonction que j'ai été confrontée à mes premiers trolls...

La réplique-type troll je choisis est l'association «pédagodiche déchargeay» qui bien qu'insultante du point de vue de mes trolls est au final une occasion d'évoquer mes activités professionnelles et militantes.

«Pédagodiche» est un mot valise qui représente mon amour de la pédagogie, de préférence active et de projet, mettant les élèves au coeur du dispositif en misant sur leurs capacités et leur intelligence individuelle et collective. Le «godiche» reflète bien mon côté naïf tendance bisounours que je revendique tout à fait, si je fais une erreur sur quelque chose ou quelqu'un je préfère que ce soit par naïveté que par une méfiance excessive a priori. Ce terme renferme aussi un aspect sexiste, être une femme qui s'exprime sur les réseaux expose inévitablement à des remarques de ce genre... qui ont l'avantage de discréditer bien davantage leur auteur que nous.

«Déchargeay» renvoie à mon statut de syndicaliste déchargée de classe avec une orthographe finale évoquant mon nom de famille. Comme je n'ai actuellement pas d'élèves en charge, même si j'en ai eu pendant 20 ans dans des écoles réputées difficiles, cela permet à mes détracteurs de me refuser toute crédibilité : je ne connais pas le métier d'enseignante, je suis déconnectée du terrain, et comme je n'ai pas d'élèves je passe forcément mes journées à ne rien faire ! Par contre, que j'assume mes positions de façon personnelle sous ma vraie identité semble beaucoup les déranger, il faut dire que la plupart d'entre eux sont courageusement planqués derrière des pseudos... En vrai je travaille quand même au moins un peu : écriture d'articles pour les sites de mon syndicat et ses revues, étude des textes que nous soumet le ministère, information des collègues sur les réseaux sociaux, travaux avec des associations partenaires, suivis de recherches, auditions diverses, participations à des colloques... C'est très varié et intéressant et j'ai tout particulièrement en charge, outre la pédagogie en maternelle et en primaire, toutes les questions reliant le numérique au métier d'enseignant, il y a largement de quoi m'occuper !

Combien as-tu eu de vies ?

Une seule à ma connaissance, toujours en cours pour le moment...

Combien mènes-tu de vies en parallèle aujourd'hui ?

Comme tout le monde plein ! J'ai des vies professionnelle, militante, familiale, personnelle, en ligne, IRL (In Real Life) et j'aime les croisements et les liens multiples entre elles. Souvent je suis à un événement, je lis quelque chose ou je visionne une vidéo et je ne sais pas, ou plus, avec quelle casquette. En fait ce qui me passionne et me motive est toujours au croisement de plusieurs de mes vies.

Tu as un blog «situations motivantes», tu as animé longtemps un MOOC sur Twitter, il y a aussi un blog sur les mathématiques, et maintenant un «blog compagnon» de ton livre... à quel besoin réponds-tu depuis toutes ces années à travers ces blogs ?

Le besoin d'être utile et d'échanger... Sur Internet on trouve énormément de choses intéressantes et utiles, c'est ma façon de contribuer. Et puis quand j'écris quelque chose pas seulement pour moi mais aussi pour que cela serve à d'autres, cela me motive infiniment plus et les retours et réactions sont un enrichissement pour moi qui contribuent à améliorer ma réflexion, donc mes écrits... c'est un cercle vertueux, et j'aime les cercles vertueux !

Quelle était ta première expérience d'écriture sur les internets ?

Mon blog «Aventures Mathématiques» qui a maintenant 13 ans est ma première expérience d'écriture en ligne... depuis je n'ai plus arrêté et Twitter a été et reste à ce jour le lieu d'expression que je préfère !

Je suis plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral, écrire sur les internets m'a permis de prendre confiance en moins, d'être beaucoup moins timide et de rencontrer plein de gens en ligne mais IRL aussi !

Ton «Manuel d'autodéfense contre les trolls» va paraître le 20 février ; comment ce livre est-il né ?

J'ai réalisé à un moment que ma confrontation quasi-quotidienne avec des trolls m'avait beaucoup appris sur moi-même et parallèlement j'entendais de plus en plus de gens dire qu'ils n'osaient pas, ou plus, s'exprimer sur les réseaux sociaux devenus trop violents. Mon premier réflexe a été d'ouvrir un blog pour partager tout cela et puis je me suis dit que c'était l'occasion de me lancer un nouveau défi : écrire un livre. En plus, En plus, si des trolls veulent prendre connaissance des moyens que l'on peut mettre en oeuvre pour contrer leur action, ils devront l'acheter et donc contribuer à son succès. Cette idée me plait bien je l'avoue !

J'aime bien écrire mais je pensais que ce serait plus difficile que ça d'écrire un livre, en fait, j'ai eu le sentiment que je portais tout ça en moi et qu'il fallait que ça sorte. La seconde surprise a été de réussir à intéresser à ce projet un grand éditeur et j'en suis ravie car cela va permettre une vraie diffusion de ce manuel d'autodéfense.

Concrètement, de l'ébauche du projet à la sortie du livre, il s'est écoulé un peu plus d'un an, dont 9 mois d'écriture tous les dimanche et pendant mes vacances.

Au printemps 2016, tu as eu ton hashtag rien qu'à toi en TT, grâce à la bienveillance concertée de quelque dizaines de trolls. Qu'est-ce que cette expérience a changé en toi ?

Ça a été un choc ! Tant que nous voyons cela de l'extérieur on ne se rend absolument pas compte de l'effet que peut produire un raid numérique sur la personne qui en est victime. J'ai vu un tweet arriver, puis deux, puis... plein avec #TaGueule2vanssay.

On pense pouvoir être au-dessus, les ignorer et puis c'est tout mais en fait c'est plus compliqué ! On doute, on se demande où on a merdé, on est happé... Quand de parfaits inconnus avec lesquels on n'a jamais échangé viennent vous insulter pour quelque chose qu'on n'a pas dit comme ils l'ont compris à travers les déformations des trolls, c'est rude ! Ça devient irrationnel et on peut vite sombrer... même si au fond ce n'est pas vraiment grave, sur le coup ça prend une ampleur démesurée et c'est très flippant, surtout la première fois.

Ceci dit humainement, c'est une expérience très intéressante et puis j'ai aussi pu mesurer l'ampleur et le nombre des soutiens reçus. C'est extrêmement réconfortant. Il y a eu un moment pendant la crise où j'étais débordée par les messages de soutien auxquels je tenais à répondre même brièvement...

Pour ceux que les circonstances exactes de ce raid intéressent, ce billet de mise au point donne tous les éléments.

J'ai lu non seulement ton livre mais aussi les 72 pages de tweets déversés à l'occasion dudit hashtag et que tu as eu la grâce de mettre à disposition en format PDF. Parmi eux, un m'a fait rire : «elle dit "mes trolls", comme on dit mes gens» ; alors que si c'était juste Desproges parlant de «mes métastases», tous ces trolls poufferaient. Est-ce que la vie de trollée ne risque pas de mener à une forme de syndrome de Stockholm, est-ce qu'au final tu ne t'attaches pas à tes trolls ?

Oui, pour moi mes détracteurs récurrents, bloqués depuis des mois qui continuent néanmoins de me dénigrer très régulièrement ce sont «MES TROLLS». En fait je les possède bien plus qu'ils ne le croient puisqu'ils ne peuvent pas s'empêcher de faire l'effort de contourner mon blocage pour lire quand même mes tweets et commenter chacun de mes faits et gestes. Ça a quelque chose de fascinant de constater qu'on a ce pouvoir sans en avoir eu l'intention. Après si ça les vexe, je ne les retiens pas, mes trolls sont tout à fait libres, et même encouragés, à me quitter et à se désintéresser de ma petite personne, je ne les retiens pas !

Quant à savoir si je m'attache à mes trolls c'est difficile à dire, disons que je finis par bien les connaitre, par anticiper ce qui va les faire réagir et comment, mais c'est difficile de s'attacher à des gens qui vous dénigrent et vous insultent. En fait, ils me font surtout de la peine, je sens dans leurs messages la détestation qu'ils ont d'eux-mêmes et qu'ils tentent de projeter sur moi. Quelqu'un de serein et sûr de lui n'a aucune raison de s'acharner quasi-quotidiennement sur quelqu'un qu'il déteste, j'imagine que cela permet à mes trolls de se rassurer un peu sur leur propre valeur.

Et sinon, ça se prête, des trolls ?

Tout à fait, il suffit d'un retweet ou d'un échange sur Twitter pour qu'un de mes trolls s'intéresse à vous. N'hésitez pas à me solliciter, c'est un service que je vous rendrai bien volontiers. En plus quand quelqu'un d'autre les occupe un peu ça me fait des vacances...

La parution de ton livre et son plan médias, à laquelle va s'ajouter la publication à fort impact de ton interview dans Désinformations.com, le web-journal satirique depuis 1999, risque de réanimer tes trolls. Tu n'as pas l'impression de chercher les emmerdes, en fait ?

Oui et non, en fait quel que soit le cas de figure je suis gagnante :

- Si la promotion de mon livre réveille mes trolls cela contribuera à en faire la publicité, ça fera connaître le livre et ça contribuera à légitimer auprès de mes lecteurs que je suis effectivement une cible qui a de l'expérience sur la question.

- S'ils sont capables de résister à la tentation et font profil bas, le répit que cela m'apporte est toujours très appréciable.

Au moment où je réponds à cette interview je suis plutôt dans le second cas de figure mais cela peut changer à tout moment. J'explique dans mon livre comment adopter cet état d'esprit, on ne peut pas contrôler ni prévoir ce que vont faire les trolls, par contre on peut décider d'en tirer profit pour avancer dans nos projets quoiqu'il arrive.

Sinon la notion de «chercher les emmerdes» est omniprésente quand on est la cible des trolls pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'il faut bien l'avouer, parfois on provoque. On sait que tel propos, telle position va inévitablement déclencher les trolls et c'est difficile de résister à l'envie de faire rager les rageux. Néanmoins, rien ne justifie les injures, les menaces qui peuvent suivre, surtout si notre «provocation» reste exprimée en des termes pesés et corrects. Mais la plupart des attaques ne suivent pas une provocation, des choses parfois très anodines peuvent nous être reprochées avec virulence, souvent aussi il s'agit d'une simple maladresse que les trolls vont surinterpréter, déformer et diffuser avec l'expression virulente de leur indignation.

Ensuite penser qu'une victime de trolls l'a bien cherché est un réflexe de défense dont il est important de prendre conscience pour le combattre. Cela permet de se rassurer, de penser que ça ne peut pas nous arriver, que ça n'arrive qu'aux autres, à ceux qui le provoquent ou sont en tort. En fait cela peut arriver à tout le monde, même si les militants sont de fait plus exposés, c'est surtout une question de circonstances et de contexte.

Si Maître Roger passe à proximité du RER B, où pourra-t-il t'inviter à dîner pour te faire plaisir ?

Je ne fréquente plus guère le RER B, mon itinéraire quotidien mixe à la place marche à pied et tram 6 avant de rejoindre le métro parisien. Ceci dit toute invitation est bienvenue, j'aime les lieux calmes où l'on peut discuter et n'ai pas de régime alimentaire spécifique ce qui laisse plein de possibilités ouvertes.

Quelle musique as-tu écoutée pour répondre à cette interview ?

Aucune.

Et le niveau, dans tout ça, il monte ou il baisse ?

Il monte, bien sûr !

 

#Stéphanie de Vanssay | #troll

lire son blog : Situations motivantes

 

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