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La boule qui faisait de la neige
Entretien avec Pierre-François Grainchieux, romancier

du Rédacteur Suprême
publié le 11-11-1999

Pierre-François Grainchieux vit à Armentières. Il a publié à la rentrée son quatrième roman, La boule qui faisait de la neige (Les éditions du Beffroi, Lille). Événement de la rentrée littéraire, le premier tirage en a été épuisé en quelques jours. Sélectionné par les jurys des prix, la boule à neige pourrait mener Pierre-François Grainchieux à recevoir la consécration méritée d'un Goncourt.

Boule à neige
CC Flickr - Guigui Lille

DPC : Quel est votre premier souvenir de boule à neige ?

PFG : Lorsque j'avais 10 ans, j'ai rapporté d'un voyage de classe dans les châteaux de la Loire une boule qui fait de la neige du château de Chambord que j'ai offerte à mes parents, puis, l'année suivante, répondant à leur enthousiasme, une autre du château de Blois. Elles ont été pieusement conservées dans la bibliothèque familiale. Longtemps, je me suis endormi, enfant puis adolescent, en me remémorant l'image de ma mère nettoyant les deux boules sous le regard attendri de mon père.

DPC : Votre roman porterait donc une dimension autobiographique ?

PFG : Oui, dans une certaine mesure, comme chacun de mes trois romans précédents. De ce point de vue, La boule qui faisait de la neige est un peu la suite de mon deuxième roman, La folie du collectionneur de timbres hongrois, où je me souviens de mes sensations d'adolescent lorsque je décollais précautionneusement de leurs enveloppes les timbres des lettres que m'envoyait mon correspondant de Budapest.

Il m'est très difficile de construire un roman sans chercher une référence, même ténue, à un événement de ma vie. La boule qui fait de la neige a pris la dimension d'une collection pour moi, j'en avais soixante-huit. Elles représentaient toutes cet imaginaire développé à partir d'une expérience réelle du monde sensible de mon adolescence, sorte de témoignage rapporté de mes voyages et aussi des voyages de mes proches qui, pendant des années, savaient toujours quoi me rapporter pour mon plus grand plaisir.

DPC : Au début de votre roman, le héros, Frédéric, fait les cent pas près du Champ de Mars à Paris, une veille de Noël sous la neige qui tombe, en attendant l'arrivée de sa fiancée. Tout le récit se structure ensuite autour de cette attente. Quelle en est la dimension symbolique ?

PFG : Certains de mes premiers lecteurs ont comparé Frédéric à une figurine enfermée dans une des boules. Ils privilégient la métaphore décorative, au détriment du message. D'autres, plus proches de la réalité, se représentent un Frédéric comme prosopopée de la Tour Eiffel. C'est en effet l'attitude que je lui ai donnée, il est tel un écho de la grande dame de Paris. Pourtant, ce que j'ai surtout voulu montrer, ce n'est pas tant l'enfermement que l'apparence ronde du monde dans lequel tourne Frédéric. Dans tout le roman, le personnage tourne en rond, il commence en faisant les cent pas sur le Champ de Mars, puis plus tard les remparts de Saint-Malo. Une des dernières scènes, aussi, où Frédéric retrouve sa fiancée au Père-Lachaise après avoir tourné dans le cimetière plusieurs fois.

DPC : Vous avez voulu écrire un roman de l'attente alors que les critiques, et vos lecteurs, y ont vu un récit de l'enfermement. Avez-vous le sentiment d'être un écrivain incompris ?

PFG : Mon heure viendra... (silence)

DPC : Revenons à la dimension autobiographique. En quoi Frédéric vous ressemble-t-il ?

PFG : Je ne crois pas que je pensais vraiment à moi en imaginant le personnage de Frédéric. A dire vrai, je suis mal compris, là aussi. Les critiques m'ont fait beaucoup de mal à cet égard en ne cherchant qu'une représentation autobiographique de mon inconscient dans Frédéric, allant jusqu'à nier ma propre homosexualité puisque mon personnage est hétérosexuel affirmé, lui. Personne ne s'est rendu compte que je l'ai nommé Frédéric par référence au Frédéric de L'éducation sentimentale. Mon roman est pourtant un hommage clair à Flaubert : le héros cherche et ne trouve pas, tourne en rond, termine son histoire là où elle commençait, en étant seulement devenu plus vieux au fil des pages.

DPC : Vous estimez être un écrivain incompris mais vous êtes parmi les plus populaires du moment. Comment vivez-vous ce paradoxe ?

PFG : Très mal, en vérité. Je ne suis pas lu pour ce que j'ai voulu écrire mais pour ce que les lecteurs se projettent à partir de leur vision personnelle de mes romans. C'est toute la frustration de l'artiste dont l'oeuvre lui échappe, un peu comme le physicien qui découvre la radioactivité et se retrouve à inventer la Bombe. Les romans que j'écris frappent d'abord mon imaginaire, mes lecteurs devraient seulement contempler cette force qui émane de mes récits sans solliciter leur propre imaginaire.

DPC : Comment voyez-vous l'avenir ? Travaillez-vous déjà sur un nouveau projet ?

PFG : Lorsqu'un bouquin est terminé et publié, lorsqu'il est décortiqué et déformé par les critiques puis jeté en pâture au public, je suis comme dépressif pour plusieurs mois. Dès la semaine prochaine, je m'enfuis dans l'Allier où se trouve ma maison de famille. Je n'ai pas de projet encore, seulement des idées que je ne peux pas dévoiler aujourd'hui. Peut-être vais-je retrouver la sérénité en triant ma collection de boîtes de camembert.

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Rédacteur Suprême

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